Dossier16 oct. 20265 min

Stablecoins en euro : l'euro numérique avant l'heure ?

Les stablecoins en euro sont encadrés par MiCA depuis 2024 ; l'euro numérique de la BCE n'arrivera pas avant 2029. La différence entre les deux, simplement.

Téléphone affichant des cours de cryptos dont le stablecoin Tether, à côté du mot BLOCKCHAIN en lettres de bois

Un stablecoin en euro est une crypto conçue pour valoir toujours un euro, émise par une entreprise privée qui garde des réserves en face. L'euro numérique, lui, serait émis par la Banque centrale européenne. Le premier existe déjà ; le second n'est pas attendu avant 2029.

Qu'est-ce qu'un stablecoin en euro ?

C'est un jeton qui circule sur une blockchain, comme le bitcoin, mais dont la valeur reste collée à l'euro. Pour chaque jeton émis, l'émetteur doit détenir l'équivalent en euros, placé en dépôts bancaires ou en titres très sûrs. On s'en sert pour attendre entre deux opérations sans repasser par la banque, ou pour envoyer des euros d'un portefeuille à l'autre à toute heure, moyennant des frais de réseau.

Depuis le règlement européen MiCA, ces stablecoins portent un nom juridique : « jetons de monnaie électronique ». Leur émetteur doit être agréé comme banque ou établissement de monnaie électronique, et le porteur a droit au remboursement à tout moment, à la valeur d'un euro.

Comment un stablecoin garde-t-il sa valeur ?

Par une promesse de rachat : l'émetteur s'engage à reprendre chaque jeton contre un euro. Si le jeton s'échange à 0,99 € sur une plateforme, des opérateurs l'achètent et le font rembourser 1 € par l'émetteur, ce qui fait remonter le prix. Si la confiance dans les réserves disparaît, ce mécanisme cesse de fonctionner. D'où l'importance des réserves et de leur contrôle.

Ces réserves sont contrôlées : sous MiCA, l'émetteur doit les garder séparées de ses propres fonds, en placer une large part en dépôts bancaires, publier un document d'information et rendre compte régulièrement à son autorité de contrôle.

Lesquels existent ?

Le plus connu est l'EURC de la société Circle, autorisé en France par l'ACPR (l'autorité de contrôle des banques) en juillet 2024. La banque Société Générale émet aussi le sien, l'EURCV, via sa filiale SG-Forge. Ces jetons restent toutefois très petits face aux stablecoins en dollar, qui pèsent des centaines de milliards.

Le précédent TerraUSD

En mai 2022, le stablecoin TerraUSD s'est effondré en quelques jours. Il ne reposait pas sur des réserves en dollars, mais sur un mécanisme automatique lié à une autre crypto. Quand la confiance a lâché, sa valeur est tombée près de zéro et des dizaines de milliards de dollars se sont évaporés. Ce choc a pesé dans la rédaction de MiCA, qui exige désormais des réserves réelles pour les stablecoins autorisés en Europe.

Et les stablecoins en dollar ?

L'USDT de Tether, le plus gros stablecoin du monde, n'a pas d'agrément MiCA. Plusieurs grandes plateformes l'ont donc retiré pour leurs clients européens à partir de fin 2024. L'USDC de Circle, lui, est autorisé en Europe. Pour un épargnant, la question à poser est toujours la même : qui émet ce jeton, et est-il agréé dans l'Union ?

Et l'euro numérique ?

L'euro numérique serait une monnaie de la BCE, comme les billets, mais sous forme électronique et utilisable partout dans la zone euro. Fin octobre 2025, la BCE a lancé la phase de préparation : un projet pilote est prévu en 2027 et une première émission pourrait avoir lieu en 2029, si le règlement européen qui doit l'encadrer est adopté. Ce texte était encore en négociation entre le Parlement et les États en octobre 2026.

2029l'année visée par la BCE pour une première émission de l'euro numérique, si la loi européenne est adoptée à temps

Pourquoi l'Europe veut son euro numérique

La BCE avance un argument de souveraineté : aujourd'hui, une grande partie des paiements par carte en Europe passe par des réseaux américains. Un euro numérique offrirait un moyen de paiement européen, gratuit pour les particuliers et utilisable partout dans la zone euro, y compris sans connexion. Pour éviter que les dépôts quittent les banques en masse, un plafond de détention par personne est discuté ; la BCE a évoqué un ordre de grandeur de 3 000 euros.

Ses critiques s'inquiètent de la protection de la vie privée et de l'utilité réelle face aux paiements existants. La BCE assure qu'elle ne pourrait pas identifier les payeurs, et que l'argent liquide continuerait d'exister.

Stablecoin, euro numérique, compte bancaire : qui garantit quoi ?

Sur un compte bancaire, vos dépôts sont garantis jusqu'à 100 000 € par banque en cas de faillite. Un stablecoin en euro dépend de la solidité de son émetteur et de ses réserves, contrôlées par une autorité, sans cette garantie. L'euro numérique serait, comme les billets, une dette directe de la banque centrale : le niveau de sécurité le plus élevé, puisque la BCE ne peut pas faire faillite en euros.

Le point de vigilance

Un stablecoin n'est pas un compte en banque : il n'est pas couvert par la garantie des dépôts. Sa solidité dépend des réserves de l'émetteur et de son agrément. Avant d'en utiliser un, vérifiez qu'il est émis par un établissement agréé dans l'Union européenne : notre guide sur les risques des cryptos détaille ce qui peut mal tourner. Et sachez que la fiscalité des échanges vers les stablecoins est en discussion au Parlement.

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