Guide15 oct. 202610 min

Les risques des cryptos : ce que vous pouvez vraiment perdre

Chute des prix, faillite, piratage, projet qui s'effondre, arnaque : les six façons de perdre de l'argent en crypto, avec des cas réels et vérifiés.

Funambule sur un fil tendu entre deux toits, au-dessus de la ville la nuit

En crypto, on peut perdre la totalité de sa mise. L'AMF le dit sans détour, et ce n'est pas une simple formule de prudence : les exemples réels ne manquent pas. Les pertes viennent de six endroits différents : le prix, la plateforme, les pirates, le projet lui-même, les escrocs et nos propres erreurs. Ce guide les passe en revue, chacun avec un cas réel.

Le prix peut-il vraiment s'effondrer ?

Oui, et vite. Le bitcoin, la plus grosse crypto du marché, en donne l'exemple. Selon l'AMF, il valait 56 301 € en novembre 2021 et 15 421 € le 25 décembre 2022. Quelqu'un qui avait acheté au sommet avait perdu près des trois quarts de son argent un an plus tard.

− 73 %la baisse du bitcoin entre novembre 2021 et décembre 2022, d'après l'AMF

Le prix est ensuite remonté jusqu'à un record de 106 275 € le 6 octobre 2025. Mais personne ne sait à l'avance si une chute sera suivie d'une remontée. Et sur les petites cryptos, beaucoup ne remontent jamais. L'AMF ajoute un point souvent oublié : vous n'êtes pas assuré de pouvoir revendre au moment où vous le souhaitez, ni au prix espéré.

Et si la plateforme fait faillite ?

C'est le risque que les débutants voient le moins. Quand vous laissez vos cryptos sur une plateforme, c'est elle qui les garde. Si elle tombe, vos avoirs peuvent rester bloqués des mois, voire disparaître en partie.

Le cas FTX est le plus connu. Cette plateforme, l'une des plus grandes au monde, s'est effondrée fin 2022. Son fondateur a été condamné le 28 mars 2024 à 25 ans de prison aux États-Unis. Selon le procureur fédéral de New York, il avait détourné plus de 8 milliards de dollars appartenant à ses clients, en se servant de leurs dépôts pour ses dépenses, ses investissements et pour rembourser les dettes d'une société sœur, alors qu'il leur assurait que cet argent restait à l'écart.

En France, aucun filet de sécurité public ne couvre ce risque. Le Fonds de garantie des dépôts, qui protège votre compte en banque, ne couvre pas les cryptos, même chez une plateforme agréée. Les règles européennes MiCA obligent désormais les prestataires agréés à séparer vos avoirs des leurs, ce qui limite le risque. Notre guide pour choisir sa plateforme explique comment le vérifier.

Une plateforme peut-elle se faire pirater ?

Oui, même parmi les plus grandes. Le 21 février 2025 environ, la plateforme Bybit s'est fait voler l'équivalent d'environ 1,5 milliard de dollars en cryptos. Le FBI a attribué ce vol à la Corée du Nord. Les fonds ont ensuite été convertis et dispersés sur des milliers d'adresses, sur plusieurs blockchains, pour les rendre introuvables.

1,5 milliard $volés à la plateforme Bybit en février 2025, selon le FBI

Un piratage ne vise pas toujours la plateforme. Il peut viser votre propre compte, par un faux message ou un mot de passe réutilisé. C'est pourquoi l'AMF recommande un mot de passe fort et la double authentification. Garder soi-même ses clés dans un portefeuille froid réduit ce risque, à condition de bien les protéger.

Un projet peut-il disparaître du jour au lendemain ?

Oui. Il existe des milliers de cryptos, et rien ne garantit qu'un projet tiendra ses promesses. Le cas Terra le montre. En mai 2022, sa stablecoin UST, censée valoir toujours un dollar, a décroché. Son prix et celui de la crypto associée sont tombés presque à zéro. Selon la SEC, l'autorité des marchés américaine, 40 milliards de dollars de valeur de marché ont disparu presque du jour au lendemain. En 2024, un jury américain a reconnu la société et son fondateur responsables de fraude, et ils ont accepté de payer 4,5 milliards de dollars.

Une leçon à retenir : une stablecoin n'est pas un compte en euros. Sa stabilité dépend de ce qui la soutient, et ce soutien peut lâcher. Nous l'expliquons dans notre article sur les stablecoins en euro. Pour chaque crypto proposée sur une plateforme, un livre blanc décrit le projet et ses risques. Mais l'AMF ne l'approuve pas : son auteur est seul responsable de ce qu'il contient.

Comment reconnaître une arnaque ?

Selon l'AMF, le scénario se répète presque toujours. Un contact arrive par téléphone, e-mail, réseau social ou messagerie, souvent après avoir laissé ses coordonnées sur un formulaire. L'interlocuteur est aimable, cultivé, entouré de faux « professionnels ». On investit une petite somme, on obtient un premier retrait des soi-disant gains, et la confiance s'installe. Les montants grossissent. Puis, quand on veut récupérer son argent, plus personne ne répond, ou l'on vous réclame de fausses « taxes » pour débloquer les fonds.

Parmi les témoignages recueillis par l'AMF : une épargnante a versé 53 000 € au total sur une fausse plateforme, sollicitée sans cesse pour remettre au pot. Quand elle a demandé ses fonds, son « gestionnaire » était soudain en réunion, en vacances ou en arrêt maladie. Il ne lui reste que la plainte.

« Des rendements élevés garantis, au-delà de 2 à 3 %, ça n'existe pas. (AMF) »

Méfiez-vous aussi de « l'arnaque dans l'arnaque » : après une première escroquerie, un faux avocat, une fausse banque ou une fausse autorité vous propose de récupérer vos pertes, contre paiement. L'AMF est formelle : elle ne contacte jamais un épargnant de sa propre initiative pour récupérer des fonds, ne demande jamais d'argent, et n'a d'ailleurs pas le pouvoir de restituer des sommes perdues. Un numéro qui s'affiche comme celui de l'AMF peut être falsifié. Notre article sur les arnaques au faux support détaille d'autres variantes.

Avec une plateforme illégale, le seul recours est la plainte auprès de la police ou de la gendarmerie. L'AMF prévient que les chances de revoir son argent sont alors très limitées, car les escrocs sont le plus souvent à l'étranger.

Et les erreurs que l'on fait soi-même ?

Elles comptent aussi. Perdre sa clé privée ou sa phrase de récupération, c'est perdre l'accès à ses cryptos, définitivement. Envoyer des fonds à une adresse mal recopiée, c'est les perdre aussi : une transaction ne s'annule pas. Notre guide pour comprendre la blockchain et le bitcoin explique pourquoi.

Dernier piège, les produits qui démultiplient les gains et les pertes. Les contrats qui permettent de parier sur le cours d'une crypto, les CFD, peuvent faire perdre plus vite que l'achat direct. Pour un particulier, leur effet de levier est plafonné à 2 depuis le 1er août 2018 ; une offre au-delà est illégale.

Comment limiter les risques ?

On ne les supprime pas, on les réduit. L'AMF conseille de n'investir qu'une somme qui ne met pas en danger votre situation financière. Passez uniquement par un prestataire agréé, protégez votre compte, gardez vos clés en lieu sûr, et ne laissez personne vous presser. Une vraie opportunité supporte très bien une nuit de réflexion.

Au moindre doute, deux services publics répondent gratuitement : AMF Épargne Info Service au 01 53 45 62 00, et Assurance Banque Épargne Info Service au 34 14.

Mis à jour le 15 oct. 2026

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